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Réflexions sur la crise et le changement climatique

En conclusion du séminaire du 16 décembre ALTERS et ALTERS MEDIA

Par Karim SELOUANE, Président d’Alters

La crise est généralement associée à la notion d’incertitude. Le terme recouvre toutefois plusieurs acceptions qui appellent des réponses différentes de la part des acteurs publics, privés et de la société civile.


Pour faire face à ces crises la plupart des grandes entreprises ont mis en place des cellules spécifiques qui ont même parfois des salles dédiées et qui leur permettent de réagir extrêmement rapidement malgré la lourdeur de certaines structures. L’Etat possède également ce type de structures qui ont des processus bien huilés dans de nombreux cas.


Il faut également bien prendre conscience que les crises arrivent vite et demandent souvent une réaction immédiate. L’absence d’anticipation ne permet pas de structurer généralement une réponse assez vite pour qu’elle soit qualitative et adaptée dans des projections prédictives (plus ou moins incertaines)…. 
L’exemple actuel de la crise sanitaire et climatique montre bien une des grandes raisons d’anticiper : la paralysie de nos économies systémiques. 


Dans le cas de crises systémiques, crises produites par l’hyper-complexité et d’interdépendance des systèmes territoriaux, l’incertitude devient un élément structurel et non plus seulement conjoncturel, qui demande aux acteurs d’agir en dehors des routines et de leur domaine de compétence ou de légitimité « classique ». L’impensé du « hors-cadre » pose la question de la préparation des acteurs du territoire à ce type d’événement et de la pertinence des planifications et donc des stratégies d’adaptation. 

Ainsi les conséquences sur les territoires du changement climatique sont variables dans leurs expressions comme dans leurs effets, et les territoires sont inégaux face à ces variations climatiques en termes d’exposition aux effets (fonction de facteurs physiques, sociaux, économiques, culturels, politiques, etc.) comme en termes de capacité de réponse (capacité d’appréhension, d’anticipation, de réparation, etc.). 

La gestion locale de l’adaptation aux effets du changement climatique (CC) semble pouvoir venir accentuer certaines de ces disparités entre territoires, mais certaines initiatives de « mise en commun » et de coopération horizontale s’observent également autour de ce nouvel enjeu d’action territoriale (exemple en région Aquitaine et en Champagne).

Cependant la capacité des sociétés et des territoires à anticiper et faire face au stress, aux chocs et aux catastrophes semble en partie déterminée par leur expérience historique. Cela inclut le type, la probabilité et les impacts qui peuvent être anticipés ; la résilience de la société, de l’économie et du politique ; l’ampleur et le rôle de l’urgence et de la préparation au sein des administrations territoriales et des gouvernements ; et la gamme de scénarios envisagées et envisageables.

En effet la perception d’un risque et des capacités d’adaptation semblent être la conséquence de logiques de gouvernance et de dynamiques socio- géographique permettant l’émergence de consensus contextuels à leurs égards.

Ainsi le rapport entre risque et incertitude, trop souvent désignés comme des concepts associés ou miroirs, est complexe car ces notions ne relèvent pas du même niveau de réalité sociale, politique et économique des territoires. 
- Le risque est une construction contextuelle. 
- L’incertitude définit tout simplement un état dans lequel l’anticipation est rendue difficile par un horizon des attentes qui n’a pas été satisfait par la réalité vécue.

Ces caractéristiques expliquent en partie pourquoi le risque climatique a été sous-estimé et pourquoi nos sociétés y sont insuffisamment préparées. Or, comme dans la crise du Covid-19, cette impréparation est de nature à aggraver ses conséquences

Le risque climatique est non stationnaire et il comporte de multiples dimensions qui le rendent particulièrement complexe à appréhender : nous devrons composer avec lui de manière permanente. 

Le changement climatique est également non linéaire : 
- le franchissement de certains seuils entraîne des effets disproportionnés. 
- Il est systémique et concerne toutes les régions du monde, ainsi que tous les secteurs d’activité, via ses potentielles répercussions. 


Le changement climatique est inégalitaire, dans la mesure où il affecte plus lourdement les territoires, les populations et les secteurs économiques les plus fragiles.


La prise de conscience généralisée du risque climatique est récente, mais nécessite une mobilisation urgente de la part des entreprises et des pouvoirs publics. Dans un premier temps, il faudra construire des outils d’analyse et de mesure de ce risque. À tous niveaux, les acteurs et les investisseurs doivent comprendre leur degré d’exposition dans une variété de scénarios, du plus optimiste au plus pessimiste. 


Ils devront ensuite intégrer ces critères à leurs processus de décision, en se défiant des modèles d’analyse et d’arbitrage passés, qui pour la plupart se fondent sur l’hypothèse improbable d’une stabilité du climat. En parallèle, il sera nécessaire d’intensifier la préparation au risque climatique. 


Nos modèles économiques et sociaux devront être adaptés, en agissant sur quatre axes : protéger les personnes et les biens, renforcer la résilience, réduire l’exposition au risque, et mettre en place des financements et des outils d’assurance appropriés.

Je terminerai par une phrase de Pablo Maillé « Le confinement est un avant-goût de ce qui pourrait arriver avec la crise climatique »

Photo par Paddy O. Sullivan sur Unsplash