Pourquoi je salue la naissance de cette revue !

Karim Selouane

Président de Résallience et de l’Association Alters

La capacité des sociétés à faire face au stress, aux chocs et aux catastrophes est principalement déterminée par leur expérience historique. Cela inclut le type, la probabilité et les impacts qui peuvent être anticipés ; la résilience de la société et des infrastructures ; l'ampleur et le rôle de l'urgence et de la préparation au sein du gouvernement et de la société en général ; et la gamme de scénarios qui ont été planifiés et mis en œuvre.

Les gouvernements, les sociétés et les communautés d'experts sont souvent lents à reconnaître un changement de paradigme, en particulier lorsqu'il entre en conflit avec les attentes établies, les visions du monde, les coûts irrécupérables, les traditions analytiques et le verrouillage institutionnel.

Notre expérience et notre accoutumance à une grande stabilité sociétale, la relative invisibilité des fondements structurels et dynamiques des opérations sociétales, les modèles de risque économique dysfonctionnels et notre approche cloisonnée des facteurs de stress individuels signifient que la société peut sérieusement sous-estimer le risque global et catastrophique. Nous devons considérer notre environnement de risque en pleine transformation dans une perspective intégrée : les interactions d'une gamme et d'une intensité croissantes de facteurs de stress, environnementaux et socio-économiques, à travers des systèmes sociétaux de plus en plus fragiles.
 

Deux grands risques sociétaux concurrents semblent ainsi apparaître. Le premier est une défaillance systémique, qui pourrait être localisée et récupérable, mais aussi mondiale et irréversible. Étant donné que les systèmes clés sont interdépendants et peuvent échouer collectivement, différents dangers ou une combinaison de ceux-ci ont le même résultat : une interruption de la circulation des biens et des services. Il est donc suggéré d'adopter une approche de préparation aux impacts indépendants des risques. Il existe un besoin urgent de planification des catastrophes, de capacité d'exercice et de simulation, et de déploiement.
 

La seconde est que nous sommes déjà entrés dans une période de déstabilisation croissante. Il n'y aura peut-être pas de bonnes périodes au coin de la rue. Cela remettra profondément en question les attentes de la société, les capacités des gouvernements et des États. Idéalement, nous pouvons relever certains des défis d'aujourd'hui, tout en nous préparant à une déstabilisation accrue et à d'éventuelles catastrophes futures.
 

C’est dans ce contexte d’avenir incertains sur le plan prédictif et prospectif que l'approche globale des risques a donné naissance à une association, Alters, dont je suis cofondateur et Président : elle vise, en tant que think tank, à en développer les idées et, en tant que fablab, à en expérimenter la force et l'importance, et veut faire face aux grands changements de notre temps. Alters réunit des entreprises (parmi elles de très grandes, comme Véolia, Generali et Résallience, filiale de Vinci), mais aussi des universités et des territoires.
 

Je suis heureux de présenter cette approche dans le N°1 d’Alters Média : face aux grandes mutations qui bouleversent notre époque, il est en effet indispensable qu’une revue diffuse les idées et la culture correspondant à cette approche globale, résiliente et solidaire, qui sont aussi celles d’Alters.
 

Je suis heureux de la naissance de ce média : organe de presse indépendant d’Alters, juridiquement, financièrement et journalistiquement, cette revue partage avec l'association la même ligne générale. Dans un monde en pleine évolution, où chaque métier, chaque territoire doit évoluer rapidement, où doivent être inventés de nouveaux modèles économiques, sociaux, de ville, de consommation comme de production, une telle revue qui explicitera ces besoins et ces évolutions, rendra d’autant plus service qu’elle sera indépendante, y compris d’Alters. Je lui souhaite plein succès !